Vocabulaire maritime : les termes de la marine ancienne à redécouvrir

Modèle de vaisseau ancien du XVIIIe siècle avec son gréement détaillé

Sur le pont d’un trois-mâts en 1780, un ordre fusait du gaillard d’arrière : « Masquer la misaine, brasser carré ! ». Le mousse comprenait. Le gabier aussi. Et nous, aujourd’hui ? Les mots se sont échoués dans les dictionnaires. Ils ont quitté le quotidien quand les voiles ont cédé la place aux moteurs.

Pourtant, une bonne partie de notre langage courant vient directement du vocabulaire maritime forgé entre le XVe et le XIXe sièclé. Être en rade, prendre le large, mettre les voiles, branle-bas de combat… ces expressions traversent les sièclés sans qu’on se doute toujours de leur origine. Le jargon de la marine ancienne parlait une langue à elle, faite de termes arabes, hollandais, bretons et normands soudés par trois cents ans de navigation à la voile. On remonte le fil.

Le vaisseau sous les pieds : les parties d’un bateau ancien

Avant de parler manœuvre, il faut connaître le navire pièce par pièce. Les charpentiers de marine du XVIIIe sièclé avaient un mot pour chaque bout de bois.

La coque est l’enveloppe générale du navire. Sa partie immergée porte un nom : la carène (ou les « œuvres vives »). La partie visible hors de l’eau, ce sont les « œuvres mortes ». Pour entretenir la carène, on pratiquait l’abattage en carène : on couchait le bateau sur le flanc, à flot, pour gratter les coquillages et le calfater. Opération sale, longue, parfois faite sur une plage (le « carénage »).

La quille court tout le long du fond : c’est la colonne vertébrale. À l’avant, elle remonte en une pièce appelée l’étrave (d’où vient notre verbe « étraver », qui s’est perdu). À l’arrière, c’est l’étambot, qui porte le gouvernail. Sur cette ossature viennent se fixer les membrures, ces côtes de bois courbes qu’on appelle aussi couples ou varangues quand elles reposent sur la quille.

On parle ensuite du bordage ou bordé : les planches qui recouvrent les couples pour fermer la coque. À l’intérieur, le vaigrage double le bordé pour renforcer l’étanchéité. Le pont couvre le tout. En-dessous, la cale (d’où l’expression « être à fond de cale »).

Côté position : bâbord pour la gauche quand on regarde l’avant, tribord pour la droite. Les mnémoniques existent depuis longtemps, certaines absurdes, d’autres efficaces. La proue est l’avant, la poupe l’arrière. L’avant porte le gaillard d’avant, une superstructure où logeaient l’équipage et le guindeau. À l’arrière, la dunette abritait le capitaine et les officiers.

L’accastillage, enfin, regroupe tout le petit matériel de pont : poulies, taquets, cadènes, bittes d’amarrage. Sans accastillage, pas de manœuvre possible.

Le gréement des voiliers anciens : un vocabulaire d’un autre sièclé

Le gréement, c’est tout ce qui se trouve au-dessus du pont pour porter la voile. Un vaisseau de ligne du XVIIIe sièclé en portait plus de trente, chacune avec son nom propre.

Au centre, trois mâts (parfois quatre) plantés dans la quille. De l’avant vers l’arrière :

  • Le mât de misaine (l’avant)
  • Le grand mât (au milieu, le plus haut)
  • Le mât d’artimon (l’arrière)
  • Le beaupré, ce mât couché qui sort de l’étrave et porte les focs

Chaque mât se compose de plusieurs tronçons empilés : le bas-mât, puis le mât de hune, puis le mât de perroquet, puis le mât de cacatois tout en haut. Ces noms étagés donnent aussi leurs noms aux voiles qui y sont gréées. Sur le grand mât, de bas en haut : grand-voile, grand hunier, grand perroquet, grand cacatois. Sur la misaine : voile de misaine, petit hunier, petit perroquet, petit cacatois. Sur l’artimon : brigantine (la voile aurique arrière) et les perroquets d’artimon.

Les vergues sont les espars horizontaux qui tendent les voiles carrées. On les hisse avec les drisses (cordages). On les oriente avec les bras (cordages tirés de l’arrière). On retient les voiles avec les écoutes. On maintient les mâts verticaux grâce aux haubans (cordages latéraux) et aux étais (cordages longitudinaux, avant-arrière).

Entre le beaupré et la misaine, on tend les focs : petit foc, grand foc, trinquette. Ces voiles triangulaires donnent au navire son équilibre et sa manœuvrabilité.

À noter un détail qu’on oublie souvent : les marins ne disaient pas « monter dans les voiles » mais « monter dans la mâture » ou « grimper dans les hunes ». La hune, c’est la petite plate-forme ronde au sommet du bas-mât où l’on pouvait se tenir debout. Pratique pour surveiller l’horizon… ou pour tirer à la mousqueterie pendant l’abordage.

Virer de bord : les manœuvres du vocabulaire maritime

Virer de bord : les manœuvres du vocabulaire maritime

Tous ces termes ne servent à rien sans verbes. Le vocabulaire maritime regorge de mots pour dire « faire quelque chose avec une corde » ou « faire tourner le bateau ».

Virer de bord : changer de côté par rapport au vent. Si on passe par le vent debout, c’est « virer vent devant » (les Anglais disent « to tack »). Si on passe par le vent arrière, c’est empanner (plus risqué, la voile claque d’un bord à l’autre). Louvoyer consiste à zigzaguer face au vent en enchaînant les virements.

Abattre : laisser porter l’étrave à l’écart du vent. C’est le contraire de loffer (ou lofer), qui revient à pointer l’avant vers le lit du vent. Ces deux verbes organisent toute la navigation à la voile. Un voilier qui « abat » prend plus de vitesse. Un voilier qui « lofe » pince plus près du vent, au prix de la vitesse.

Prendre un ris, c’est réduire la surface d’une voile en la pliant partiellement et en fixant les plis avec des garcettes de ris. Ariser, c’est la même opération. Par gros temps, on arisait parfois trois ou quatre fois. Carguer, c’est relever la voile contre sa vergue en tirant les cargues (d’autres cordages). Ferler, c’est rouler et enrubanner la voile une fois carguée.

Pour tendre un cordage, on hale dessus : deux marins tirent en cadence. Si on veut le tendre encore plus, on embraque (ou on abraque). Pour donner du mou, c’est choquer. Pour rider une manœuvre tendue comme un hauban, on ride. Chaque verbe a son geste précis. Le maître d’équipage s’en servait pour donner des ordres courts, précis, instantanément compris.

Enfin, deux verbes universels : appareiller (quitter le port) et mouiller (jeter l’ancre). On « appareille à l’aube », on « mouille devant la rade ». Le mouillage désigne aussi bien l’action que le plan d’eau choisi.

Les grades de la marine ancienne : qui commande à bord ?

Un vaisseau de ligne portait jusqu’à 800 hommes. Sans hiérarchie claire, c’était l’émeute. Le vocabulaire des grades reflète trois sièclés d’organisation très stricte.

Au sommet, le capitaine de vaisseau (parfois simplement « le commandant »). Sous ses ordres, les officiers de marine : lieutenant de vaisseau, enseigne de vaisseau, aspirant. Les officiers partageaient la dunette, mangeaient au carré (la salle à manger des officiers) et tenaient le quart à tour de rôle.

En-dessous, la maistrance. Mot ancien qui désigne le corps des sous-officiers (les « officiers mariniers »). Le plus connu : le bosco, ou maître d’équipage. C’est lui qui transmettait les ordres aux matelots, qui distribuait les coups de sifflet réglementaires et qui veillait au bon état du gréement. À côté, le maître canonnier, le maître voilier, le maître charpentier, le maître calfat.

Puis venaient les quartiers-maîtrès, sorte de contremaîtrès répartis par escouade. Sous eux, les matelots. Parmi les matelots, on distinguait :

  • Le gabier, matelot affecté au gréement et qui grimpait dans les hunes
  • Le timonier, qui tenait la barre
  • Le canonnier, servant de pièce
  • Le pilotin, apprenti officier embarqué pour apprendre le métier
  • Le mousse, jeune garçon de 9 à 16 ans en apprentissage (souvent fils de marin)

Un grade oublié : le cabochard, terme populaire pour désigner un matelot entêté. Et le bordache, élève de l’École navale (parce que l’école était sur un vieux vaisseau nommé Le Borda, mouillé en rade de Brest). On utilise encore le mot dans les promotions de l’École.

Pavillon haut ! Le vocabulaire de l’abordage

Trafalgar 1805, Chesapeake 1781, Lépante 1571 : les grandes batailles navales ont laissé un vocabulaire martial très spécifique.

Quand le signal tombait, on criait « Branle-bas de combat ! ». L’expression vient des « branles-bas » : les hamacs (branles) qu’on rabattait le matin pour libérer le pont. Avant un combat, on les roulait sur les bastingages pour protéger l’équipage des éclats de bois. Le « branle-bas de combat » a gardé son sens d’agitation soudaine et urgente dans la langue courante.

Le sabord est l’ouverture carrée pratiquée dans la coque pour loger un canon. Un vaisseau de ligne à trois ponts en portait plus de 100. La batterie désigne l’ensemble des canons d’un même pont (« première batterie », « deuxième batterie »). L’expression « mettre la batterie basse » signifiait rentrer les canons quand la mer montait, pour éviter que l’eau n’entre par les sabords.

Les projectiles avaient leurs noms : le boulet plein (en fonte), le boulet ramé (deux boulets reliés par une barre, pour couper les mâts), la mitraille (petits projectiles contre le personnel). On chargeait par la culasse… ou plutôt par la bouche, en vérité, sur les canons anciens. La culasse, c’était l’arrière fermé.

Le grappin d’abordage est ce crochet lancé à la corde pour agripper le navire ennemi. Quand les coques se touchaient, on criait « À l’abordage ! » et les matelots sautaient sabre au clair. Pendant le combat, on baissait pavillon pour signifier la reddition. Une expression qu’on utilise encore : « il a baissé pavillon devant son patron ».

Le coup de semonce, c’est le tir d’avertissement pour sommer un navire de s’arrêter (obus devant l’étrave). Aujourd’hui, le mot désigne n’importe quelle mise en garde. Et le pavillon noir (sans os croisés au départ, contrairement à la légende) indiquait qu’aucun quartier ne serait fait.

Les navires de la marine ancienne qui ont forgé le vocabulaire

La marine à voile a connu des dizaines de types de bâtiments. Chacun avec ses proportions, son gréement, son rôle spécifique. Passer en revue ce vocabulaire, c’est remonter le temps maritime.

NavireÉpoqueCaractéristique
DrakkarVIIIe-XIeNavire viking, une seule voile carrée, rames
NefXIIe-XVeGros cargo médiéval, un à trois mâts
CaraqueXVe-XVIeGrand navire de commerce et de guerre ibérique
CaravelleXVeVoilier léger, voiles latines, découvertes
GalèreAntiquité-XVIIIeMue à la rame, mer Méditerranée
GalionXVIe-XVIIIeGros vaisseau de guerre et de commerce, Espagne
GaléasseXVIe-XVIIeGalère armée à voile, hybride, vainqueur de Lépante
Vaisseau de ligneXVIIe-XIXeLe roi des mers, deux à trois ponts de canons
FrégateXVIIIe-XIXeNavire rapide, un seul pont de canons, escorte
CorvetteXVIIIe-XIXePlus petite que la frégate, agile
BrickXVIIIe-XIXeDeux mâts carrés, vif, courrier
GoéletteXVIIIe-XIXeDeux mâts avec voile aurique, commerce et course
LougreXVIIIe-XIXeBateau de pêche et de course breton
ChébecXVIe-XVIIIeVoilier méditerranéen à voiles latines, corsaire
CotreXVIIIe-XXeUn mât, rapide, utilisé par les douanes

Certains termes viennent de l’arabe (chébec, caravelle), d’autres du néerlandais (flûte, hourque), d’autres du breton (lougre). L’espagnol a donné galion, l’italien galère et galéasse. Cette mosaïque linguistique dit l’histoire des mers : chaque port majeur apportait ses mots au pot commun.

Mesurer la mer : termes de navigation à l’ancienne

Sans GPS, sans radar, comment on faisait ? Le vocabulaire de la navigation ancienne est aussi précis qu’une horlogerie.

Pour la vitesse : le nœud (1 mille marin par heure, soit 1,852 km/h). L’origine du mot est étrange et belle : au XVIe sièclé, on mesurait la vitesse avec un loch, une pièce de bois jetée par-dessus bord et reliée à une ligne nouée à intervalles réguliers. On comptait les nœuds qui passaient entre les doigts pendant 30 secondes mesurées au sablier. Plus il y avait de nœuds, plus on allait vite. Le mot est resté.

Pour la distance : le mille marin (1 852 mètrès, soit une minute d’arc de méridien). La brasse (environ 1,62 m, l’envergure des bras écartés) servait surtout pour les profondeurs et les manœuvres courtes. L’encablure (185 m, un dixième de mille) mesurait les distances en vue. La lieue marine (environ 5,5 km) était utilisée pour les traversées au long cours.

Pour la direction : le cap (angle que forme la route avec le nord). La rose des vents divise l’horizon en 32 quarts, chaque quart valant 11,25 degrés. Un ordre comme « un quart à bâbord » voulait dire « 11,25 degrés à gauche ». Les marins connaissaient les 32 noms par cœur : Nord, Nord-Quart-Nord-Est, Nord-Nord-Est, Nord-Nord-Est-Quart-Nord-Est… etc. Performance mémorielle impressionnante.

Pour se situer : les amers, ces repères visibles depuis la mer (clocher, phare, pointe rocheuse). L’alignement de deux amers donnait une ligne de position. La sonde (plomb accroché à une ligne) mesurait la profondeur, mais récupérait aussi un échantillon du fond : sable, vase, roche… qu’un bon pilote pouvait identifier au toucher.

Et puis la laisse, niveau atteint par la marée (laisse de haute mer, laisse de basse mer). L’estran, cette bande de sable découverte à marée basse. Le jusant (marée descendante) et le flot (marée montante). Vive-eau quand les marées sont fortes, morte-eau quand elles sont faibles.

Expressions nées du vocabulaire maritime ancien

Le passage de la mer à la terre est impressionnant. Des dizaines d’expressions courantes viennent du pont d’un trois-mâts.

« Être en rade » : la rade, c’est le plan d’eau abrité où mouillaient les navires en attente. Être en rade, c’était attendre, parfois longtemps, sans pouvoir bouger. On a transposé à la voiture en panne ou à la personne laissée tomber.

« Prendre le large » : le large, c’est la haute mer par opposition à la côte. Prendre le large signifiait quitter la terre, s’éloigner des soucis.

« Avoir le vent en poupe » : la poupe étant l’arrière, avoir le vent en poupe, c’est la meilleure allure pour un voilier carré. Les choses vont bien, on avance sans effort.

« Toutes voiles dehors » : on hisse tout ce qu’on peut pour aller au maximum. Dans la vie, c’est y aller à fond.

« À la dérive » : un bateau à la dérive n’obéit plus à son gouvernail, le courant et le vent l’emmènent. La personne « à la dérive » a perdu le contrôle.

« Mettre les voiles » : hisser la toile pour partir. Aujourd’hui, partir rapidement (parfois en douce).

« Filer à l’anglaise » : pour certains, vient des marins anglais réputés pour couper leurs amarres plutôt que les détacher. Pour d’autres, c’est un emprunt tardif. Le mystère linguistique reste.

« Avoir du vent dans les voiles » : avoir bu. Le vent fait tanguer le navire comme l’alcool fait chanceler l’homme.

« Tirer sa bordée » : sortir faire la fête. La bordée était originellement le quart de repos, pendant lequel les matelots descendaient à terre à l’escale.

« Virer sa cuti » : alors là, ça vient du médical (test cutané de la tuberculose), pas de la marine. Mais l’expression ressemble tellement à « virer de bord » qu’on s’y trompe.

« Branle-bas de combat » : on en a parlé. Grande agitation avant un événement important.

« Navire amiral » : le bateau du commandant en chef d’une escadre. Aujourd’hui, le produit phare d’une entreprise.

Et ce dicton qu’on oublie : « Il y a plus de vaisseau sur terre que dans les ports ». Les marins disaient ça pour se moquer des gens qui parlaient de navigation sans savoir manœuvrer. On peut l’appliquer à pas mal de domaines.

Questions fréquentes sur le vocabulaire maritime ancien

Quelle est la différence entre bâbord et tribord ?

Bâbord désigne la gauche du navire quand on regarde vers l’avant. Tribord la droite. Les mots viennent du néerlandais médiéval : « bakboord » (le côté du dos, car le barreur tournait le dos au gouvernail latéral) et « stuurboord » (le côté du gouvernail, qui se trouvait historiquement à droite). Les marins anglais ont gardé « port » (bâbord) et « starboard » (tribord).

Pourquoi dit-on « larguer les amarres » ?

Une amarre est un cordage qui retient le bateau au quai. Larguer, c’est détacher, libérer, laisser filer un cordage. Larguer les amarres, c’est libérer le bateau pour appareiller. Le verbe « larguer » vient de l’italien « largare » (élargir). On l’utilise au sens figuré pour rompre avec quelqu’un ou quelque chose.

Qu’est-ce qu’un ris et pourquoi on le « prend » ?

Un ris est une section de voile qu’on peut replier et attacher avec des cordelettes (les garcettes) pour réduire la surface exposée au vent. « Prendre un ris », c’est réduire la voile. Par mauvais temps, on pouvait prendre deux, trois, parfois quatre ris. Le mot vient du scandinave « rif » (arête, pli).

Combien mesure exactement un nœud marin ?

Un nœud équivaut à un mille marin par heure, soit précisément 1 852 mètrès par heure, ou 0,5144 mètre par seconde. Un navire qui file à 10 nœuds avance à 18,52 km/h. La valeur du mille marin a été internationalement fixée en 1929 (avant, chaque pays avait sa propre définition, variant entre 1 852 et 1 853 mètrès).

Pourquoi dit-on « lever l’ancre » ?

L’ancre est ce lourd objet métallique qui retient le navire au fond. Une fois jetée (on dit mouiller l’ancre), elle s’accroche dans le sable ou la vase. Pour partir, il faut la lever, c’est-à-dire la remonter à bord grâce au cabestan (treuil vertical) ou au guindeau (treuil horizontal). L’expression « lever l’ancre » signifie par extension partir, quitter un lieu.

D’où vient le mot matelot ?

Le mot matelot vient du vieux néerlandais « maetgenoot » (compagnon de couche). Sur les bateaux anciens, deux marins partageaient le même hamac : l’un dormait pendant que l’autre prenait le quart, puis on inversait. Le mot a dérivé vers « camarade de bord » puis « marin simple d’équipage ». La même racine a donné « matricule » dans certaines langues.

Qu’est-ce qu’une « bordée » de marin ?

Le mot avait trois sens en marine ancienne. D’abord, une bordée est l’ensemble des canons d’un même côté du navire (« tirer une bordée », décharger tous les canons de bâbord ou de tribord d’un coup). Ensuite, c’est la distance parcourue entre deux virements de bord quand on louvoie. Enfin, c’est le quart de repos d’un matelot à l’escale. « Tirer une bordée » a pris au XIXe sièclé le sens de sortir faire la fête.

Quelle est l’origine du mot capitaine ?

Capitaine

vient du bas-latin « capitaneus » (chef, celui qui est à la tête), lui-même dérivé de « caput » (tête). Le mot s’applique en marine depuis le XIIIe sièclé. Le « capitaine de vaisseau » désigne depuis 1669 (ordonnance de Colbert) l’officier qui commande un vaisseau de ligne, grade équivalent à colonel dans l’armée de terre.

Le vocabulaire maritime ancien n’est pas mort. Il dort dans nos expressions, resurgit dans les romans de Patrick O’Brian, anime les courses à la voile modernes. Chaque fois qu’on dit « garder le cap », « prendre le vent en poupe » ou « lever l’ancre », on parle comme un matelot du XVIIIe sièclé sans le savoir. Et si on croit tout connaître parce qu’on a lu Moby Dick, autant le dire : les vrais marins d’époque riaient bien quand un terrien essayait de parler marine. Certains mots résistent, même aux meilleurs dictionnaires.