Les galères de Marseille et leur arsenal royal : histoire d’un chantier hors norme

Au cœur du Vieux-Port, derrière les façades XIXe qui bordent aujourd’hui le cours d’Estienne d’Orves, dormait un complexe militaire qui a fait trembler la Méditerranée pendant moins d’un sièclé. L’arsenal royal des galères de Marseille, voulu par Louis XIV et bâti par Colbert, abritait à son apogée vers 1700 quelque 20 000 personnes, dont 12 000 galériens. Sur les quais s’alignaient jusqu’à 40 navires de guerre à rames, tous portant la fleur de lys. Pourtant, en 1748, tout cela s’éteint d’un trait de plume. Cinq pages de Wikipédia n’épuisent pas le sujet : voici l’histoire complète d’un chantier maritime hors norme, entre prouesse architecturale, pouvoir royal et misère humaine.
Aux origines : un port de guerre dès l’Antiquité
Marseille n’a pas attendu Louis XIV pour héberger des galères du roi. Les Romains y disposaient déjà d’un arsenal. Pendant la guerre civile entre César et Pompée, ce dernier envoie sept galères en renfort à la cité phocéenne pour affronter la flotte de César et ses dix-sept navires, dont onze pontés. L’arsenal de Marseille comptait alors une dizaine de galères à demeure, plus une zone de fabrication d’armes. Le tout occupait la rive sud du Lacydon, au plan Fourmiguier, soit grosso modo l’actuel quai des Belges et l’ancien bassin de carénage.
Un saut de mille trois cents ans plus tard, en 1296, Charles II d’Anjou crée à Marseille une amirauté spéciale et obtient de la ville la concession des chantiers du plan Fourmiguier. Le nouvel amiral, Richard de Lamanon, devient « garde de l’arsenal et des galères de Marseille ». Une quarantaine de galères y sont rassemblées pour combattre la flotte du roi d’Aragon. Ce sont des « tercenaux », des hangars où l’on remise mâts, cordages, voiles, poulies, rames et artillerie navale.
La cité provençale a du mal à reprendre son terrain et n’y parvient qu’en 1320, quand les fustiers (les charpentiers de marine) reprennent leurs activités sur place. Le roi Robert le Sage ordonne la création de nouveaux tercenaux à l’est du quai de Rive-Neuve, pour reconquérir la Sicile perdue après les vêpres siciliennes.
De Charles VIII à Richelieu : un arsenal qui décline et renaît
Après le rattachement de la Provence au royaume de France en 1481, Charles VIII relance la machine. Il fait construire six tercenaux dans l’angle sud-est du port pour ses ambitions napolitaines. En août 1488, il écrit aux chantiers provençaux pour activer la construction de plusieurs galères. Six ans plus tard, six de ces galères rejoignent Naples par mer pendant que le roi y descend par la voie terrestre. Louis XII poursuit l’effort en 1512 avec douze nouveaux tercenaux dont seuls six seront finalement bâtis.
Puis le déclin. Sous François Ier, l’arsenal vit pourtant un sommet : 23 galères dans le port en 1536, et même 42 navires en 1548, le record absolu pour Marseille. Le roi fait couper dans le Dauphiné les bois nécessaires à la construction des coques. C’est sur la galère du pape Clément VII que Catherine de Médicis débarque à Marseille en 1533 pour épouser le futur Henri II.
À peine le roi mort, la décadence reprend. En 1561, il ne reste plus que treize galères. Les navires sont fragiles et coûtent cher à entretenir, alors la couronne préfère les louer à des familles puissantes comme les Valbelle, capitaines des galères de père en fils. En 1578, le grand prieur Henri d’Angoulême constate dans ses remontrances que sur les dix-huit galères stationnées à Marseille et Toulon, seulement deux sont en état de prendre la mer.
Le mariage d’Henri IV avec Marie de Médicis en 1600 illustre la situation : ce sont des galères étrangères, prêtées par le pape, par le duc de Toscane et par l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui conduisent la princesse jusqu’à Marseille. Humiliant, pour la première puissance catholique d’Europe.
Richelieu reprend les choses en main dès son arrivée au pouvoir. En 1624, il transfère les galères à Toulon, mieux placé pour combattre les Barbaresques qui menacent les îles d’Hyères. Elles reviendront brièvement à Marseille avant de repartir en 1649 à cause d’une épidémie de peste.
Cette menace croissante des Barbaresques explique en partie le transfert des galères à Toulon. Pour mieux comprendre ce contexte, découvrez l’histoire de la piraterie en Méditerranée qui a marqué cette époque.
1665-1690 : Colbert, Arnoul et la naissance de l’arsenal royal
Quand Louis XIV vient à Marseille en 1660, le port est vide de toute flotte de guerre. Les galères végètent à Toulon, six seulement capables de prendre la mer, avec 1 655 hommes de chiourme. Le Roi-Soleil veut une force navale qui dépasse celle de l’Espagne et des puissances italiennes. Et il sait que cela demande des infrastructures à la hauteur.
Le 10 avril 1665, Nicolas Arnoul est nommé « intendant de justice, police et finances des fortifications de Provence et de Piémont et des galères de France ». L’homme est pressé. Le 24 juillet de la même année, un ordre royal arrive aux échevins de Marseille : le roi veut armer les galères et construire un arsenal sur place. Ce sera le « parc des Galères ».
Première phase (1665-1669) : un coup de force foncier
Arnoul ne perd pas une minute. Contrairement aux instructions de Colbert, qui voulait un terrain entièrement vierge, il annexe purement et simplement le plan Fourmiguier où les Marseillais construisaient leurs bateaux de commerce. Les échevins sont mis devant le fait accompli. Le chantier municipal est transféré dans le jardin des Bernardines. Quatre ans de travaux suivent, dirigés par Gaspard Puget, le frère du célèbre sculpteur Pierre Puget. Colbert vient inspecter le résultat en juin 1669, alors que tout vient de s’achever.
Deuxième phase (1673-1679) : l’expropriation des Capucines
Très vite, Arnoul comprend que c’est trop petit. Il veut s’étendre vers le sud-est, le long du quai de Rive-Neuve, et pour cela il faut exproprier le couvent des Capucines. Les échevins, soutenus par le duc de Mercœur, résistent. L’évêque Toussaint de Forbin-Janson finit par débloquer la situation en 1673. Les nouveaux travaux s’étalent jusqu’en 1679, sous la conduite d’un autre Pierre Puget, maçon entrepreneur (à ne pas confondre avec le sculpteur).
Troisième phase (1685-1690) : l’apogée du « parc des Galères »
Une troisième vague d’expropriations pousse l’arsenal jusqu’à la rue du Fort-Notre-Dame. Le projet de l’ingénieur en chef Antoine Niquet est validé en 1685 par le marquis de Seignelay, fils de Colbert. André Boyer, architecte des Bâtiments du Roi, achève les constructions entre 1686 et 1690. La partie originelle prend alors le nom de « vieux parc ».
L’ensemble forme un L majuscule. La barre horizontale longe le quai des Belges, la barre verticale longe le quai de Rive-Neuve. Aujourd’hui, ces murs invisibles englobent l’église des Augustins, le palais de la Bourse, la place du général de Gaulle et les rues Paradis, Sainte et du Fort Notre-Dame. Au-dessus de la porte d’entrée du nouvel arsenal, un cartouche affichait, en latin, l’orgueil du roi soleil : « Le grand Louis aux flottes invincibles a bâti cette citadelle ; d’ici il dicte ses lois à la mer domptée ».
Une galère du roi : 45 mètrès, 260 rameurs, deux mâts latins
Concrètement, à quoi ressemblait une galère sortie de l’arsenal de Marseille au temps de Louis XIV ? Un long navire bas sur l’eau, particulièrement écrasé en son milieu, là où s’alignaient les rangées de rames. Une coque d’environ 45 mètrès pour 7 mètrès de large, donc proportions très allongées. Deux mâts portaient des voiles latines : le mestre avec trois voiles, le trinquet avec deux. À la proue, trois canons : un gros serpentin et deux moyennes, parfois remplacés par des couleuvrines ou des bâtardes.
La chiourme comptait environ 260 rameurs répartis sur une cinquantaine de rames. La galère restait au quai d’octobre à mars : la coque, bâtie pour la vitesse et non pour la haute mer, supportait mal les tempêtes hivernales. La structure du navire n’était d’ailleurs pas conçue pour encaisser le poids et le recul de multiples canons, ce qui finit par condamner la galère face aux vaisseaux de haut-bord.
D’autres types existaient à côté de la galère ordinaire. La frégate à 12 bancs de rameurs, le brigantin à 16 bancs, la galiote à 18 bancs, et la galéasse, plus longue et plus large, souvent à trois mâts, qui portait davantage d’artillerie. La fameuse Réale, lancée en 1679 et restée la plus prestigieuse galère française du règne, se rapprochait de la galéasse par ses dimensions.
L’arsenal disposait, dans son extension de 1685-1690, de deux formes de radoub pour la construction des galères, plus grandes que celles du vieux parc. Une darse en L reliait l’ensemble au Vieux-Port. Deux immenses bâtisses parallèles à la rue Sainte, longues de 450 mètrès, abritaient l’une les ateliers et le bagne, l’autre la corderie. La salle d’armes, située à l’étage d’un magasin entre la cour aux bois et la Maison du Roi (résidence somptueuse de l’intendant), entreposait 10 000 mousquets et autant de sabres. On la disait la plus belle d’Europe.
La chiourme : forçats, « turcs » et bénévoglies aux rames
Faire avancer une galère à la rame demandait des bras. Beaucoup de bras. La chiourme rassemblait trois catégories d’hommes très différentes.
Les volontaires, ou « bénévoglies », s’engageaient pour échapper à la misère. Jamais nombreux, leur poids dans les effectifs n’a fait que diminuer.
Les esclaves, achetés sur les marchés méditerranéens. Originaires d’Afrique du Nord, de Grèce ou d’Asie mineure, ils étaient tous appelés « les turcs » par commodité. Ils représentaient environ 25 % des effectifs au milieu du XVIIe sièclé, mais cette part tombe à 10 % vers 1700.
Les condamnés de droit commun, qui forment l’essentiel des rameurs. La « peine des galères » est créée en 1564 par Charles IX. Les condamnés sont regroupés dans les prisons des grandes villes, puis acheminés vers Marseille par convois enchaînés appelés « chaînes ». Selon les périodes, on peut estimer la composition à 39 % de déserteurs, 39 % de criminels de droit commun, 12 % de protestants (envoyés aux galères surtout après la révocation de l’édit de Nantes en 1685) et 10 % de faux-sauniers, ces contrebandiers du sel qui contournaient la gabelle.
La vie des galériens était brutale. La rame, le fouet, les chaînes. Mais à Marseille, ils sortaient aussi de l’arsenal pour aller travailler en ville, surtout pendant les six mois où les galères restaient désarmées. Forgerons, menuisiers, serruriers, ils trouvaient un emploi chez les patrons marseillais qui appréciaient cette main-d’œuvre bon marché. Jusqu’à 4 000 galériens quittaient l’arsenal le matin, en principe enchaînés sous la surveillance d’un pertuisanier, pour y rentrer le soir.
Vivre à l’arsenal : 20 000 hommes derrière les murs
Vers 1700, l’arsenal abritait au quotidien environ 20 000 personnes, soit près d’un quart de la population marseillaise. Le détail du recensement administratif donne une idée de l’organisation : 12 000 galériens, 5 000 matelots et soldats, 1 200 officiers et sous-officiers (dont 200 officiers d’épée et 200 officiers de plume, ces administratifs civils qui géraient l’intendance). À cela s’ajoutaient 300 maîtrès ouvriers et compagnons engagés à l’année, plus 2 000 à 2 500 ouvriers et manœuvres saisonniers.
Toute une comptabilité minutieuse encadrait ce monde clos. Registres d’entrées et de sorties, états nominatifs, contrôles permanents. Le secrétariat d’État à la Marine vérifiait la gestion de l’intendant et les sanctions pouvaient aller jusqu’au limogeage. C’est ce qui arriva à Brodart, l’un des successeurs d’Arnoul, sanctionné pour mauvaise gestion.
L’arsenal n’était pas qu’un chantier de guerre. Jean-Mathieu de Chazelles, professeur d’hydrographie sur place, y crée en 1685 le premier observatoire astronomique de Marseille. L’enceinte abritait aussi un hôpital des forçats, créé en 1646 sous Richelieu à l’initiative du chevalier de Malte Gaspard de Simiane et de l’évêque Jean-Baptiste Gault. La duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal, finança l’opération. L’établissement disposait de 175 lits doubles et employait un médecin, un chirurgien, six garçons apothicaires et cinq infirmiers.
Les chirurgiens des galères forment d’ailleurs une figure marquante du complexe. Antoine Moulinneuf, né en 1668 à La Rochelle, embarqua à 17 ans sur la galère La Renommée, servit cinquante ans, et finit par devenir spécialiste de l’hydropisie après son détachement sur La Magnanime. Il mourut de la peste à Marseille en septembre 1720, rappelé en service malgré sa retraite, à l’âge de 52 ans.
L’arsenal a aussi laissé une trace inattendue dans l’histoire des secours marseillais. Une ordonnance royale du 14 août 1719 confie à un préposé de l’arsenal la garde de quatre pompes à bras dites « à la hollandaise ». C’est l’origine lointaine du bataillon de marins-pompiers de Marseille, l’un des deux corps militaires de pompiers en France.
La peste de 1720 et les forçats fossoyeurs
L’épidémie de peste qui dévaste Marseille à partir de l’été 1720 épargne, étonnamment, l’arsenal des galères. Les hauts murs et l’isolement relatif du complexe par rapport à la ville expliquent cette protection. Ceux qui meurent du fléau, ce sont les galériens envoyés en ville pour ramasser les cadavres. On les surnomme « les corbeaux ».
Les premiers volontaires forcés sont 23 forçats. On leur promet la liberté s’ils survivent. Aucun n’y arrive. D’autres contingents suivent, sous la surveillance de soldats parce que les forçats pillaient les logis abandonnés, achevaient les moribonds, ou tentaient de s’évader en revêtant les habits des morts. Au total, 335 forçats meurent au service de la ville pestiférée. 171 survivent et obtiennent leur affranchissement promis. Une statistique cruelle pour mesurer la mortalité de l’épidémie de 1720, l’une des dernières grandes pestes d’Europe occidentale.
Le crépuscule des galères : 1748 et la démolition de l’arsenal
L’arsenal tournait au ralenti dès le début du XVIIIe sièclé. Pierre Arnoul, fils de Nicolas et intendant de 1710 à 1719, écrivait qu’il faisait arracher l’herbe poussant dans la cour faute de passage. De 1719 à 1738, on comptait à peine une quinzaine de galères, dont 6 à 8 opérationnelles. La dernière campagne navale a lieu du 15 juin au 7 août 1747, sous les ordres de Jean Philippe d’Orléans, bâtard légitimé du Régent et général des galères en personne.
Il meurt l’année suivante, à 46 ans. Deux mois plus tard, le 27 septembre 1748, Louis XV signe l’ordonnance qui rattache tout le personnel des galères à la marine royale. C’est la fin officielle d’un corps qui existait depuis le XIIIe sièclé. En 1779, il ne restait plus que deux galères à Marseille et quatre à Toulon. La dernière encore existante, La Ferme, sera démolie en 1814.
L’arsenal lui-même va mettre presque quarante ans à disparaître. En 1781, Pierre-Victor Malouet propose à la ville de Marseille de racheter l’ensemble. Le conseil municipal accepte le 11 février, et la vente est conclue le 3 septembre 1781 par l’intendant des Gallois de la Tour. Charge pour la ville d’aménager un nouveau quartier sur les terrains rendus disponibles.
Charles Thiers, secrétaire archiviste de la ville (et grand-père d’Adolphe Thiers, le futur président de la République), rédige un mémoire visionnaire intitulé « Avis d’un citoyen pour l’emploi du terrain de l’arsenal ». Il y préconise une grande place publique et des rues larges. Les échevins ne suivront que partiellement, retenant 10 mètrès seulement pour les rues ordinaires.
La démolition des derniers bâtiments s’étale de 1784 à 1787. Quand la Révolution éclate en juin 1789, il ne reste plus qu’à paver les rues du nouvel îlot Thiars. La libération des terrains permet enfin la prolongation de la Canebière jusqu’au port, dont la perspective était bouchée jusqu’alors par les bâtiments militaires. Au début du XXe sièclé, le canal de la douane, vestige du chenal d’accès aux galères, sera lui aussi comblé. Le pavage du cours d’Estienne d’Orves, du cours Jean-Ballard et de la place aux Huiles s’achève en mars 1929.
Que reste-t-il aujourd’hui de l’arsenal royal des galères ?
Pratiquement rien de visible. Les visiteurs du Vieux-Port marchent sur les fondations sans le savoir. Un seul bâtiment subsiste, la capitainerie, située sur le cours d’Estienne d’Orves. Elle a été inscrite au titre des monuments historiques le 4 août 1978. La mosquée des galériens turcs, originellement située dans l’arsenal, fut transférée et se trouve aujourd’hui au 584 avenue du Prado, classée elle aussi (mais des recherches récentes mettent en doute son origine vraiment musulmane : il s’agirait plutôt d’un kiosque mauresque transformé en chapelle).
Pour le reste, ce sont les noms des rues qui rappellent encore l’arsenal. Le quai de Rive-Neuve, la place aux Huiles (ancienne darse), la rue Pavillon (en hommage au pavillon à horloge qui marquait l’entrée). Les amateurs d’archéologie urbaine peuvent encore deviner le tracé de l’enceinte en suivant les rues Paradis, Sainte et du Fort Notre-Dame. Le musée d’Histoire de Marseille conserve plusieurs toiles XVIIe représentant les galères, dont le tableau attribué à Jean-Baptiste de La Rose qui montre la construction de la Réale en 1677.
Questions fréquentes
▸Combien de galères Marseille a-t-elle armées au plus fort de Louis XIV ?
▸Qui était Nicolas Arnoul, l’homme derrière l’arsenal ?
▸Pourquoi Louis XV a-t-il supprimé les galères en 1748 ?
▸Que reste-t-il aujourd’hui de l’arsenal royal des galères ?
▸Quelle différence entre une galère, une galiote et une galéasse ?
Mon avis sur l’arsenal des galères
Ce qui frappe dans cette histoire, c’est l’écart entre l’ambition et le résultat. Louis XIV et Colbert ont mis vingt-cinq ans et des sommes énormes à bâtir un complexe militaire pharaonique, fait pour durer des sièclés. La machine n’a vraiment fonctionné qu’une cinquantaine d’années avant de s’éteindre. Les galères étaient déjà dépassées techniquement le jour où l’arsenal de 1690 fut achevé. Reste un point fort : les recensements administratifs et les registres tenus à l’arsenal, qui en font l’un des sites militaires les mieux documentés du Grand Sièclé. Et une limite : le démantèlement total des bâtiments a privé Marseille d’un patrimoine architectural qui aurait pu rivaliser avec l’arsenal de Venise. Ce qu’on a perdu en pierre, on l’a gagné en perspective : sans la démolition de 1787, la Canebière n’aurait jamais ouvert sur le Vieux-Port.





